sábado, 30 de septiembre de 2017

MANUEL GARCIA SESMA (Fitero, 1902-1991)

Manuel García Sesma permaneció en el Campo de Concentración de Gurs desde el 8 de julio de 1939 hasta el 16 de enero de 1940.

Allí continuó su labor literaria, escribiendo los dos poemas que se publican a continuación. Y allí recibía las cartas de Suzy Valats, una estudiante de magisterio en la Escuela de Albi. Cartas que le salvaron, tanto a nivel personal como intelectual. Por primera vez, y en agradecimiento a este homenaje, publicamos a continuación la carta que esta mujer le escribió a Gurs el 13 de julio de aquel mismo año.
El recuerdo y el homenaje no llegan tarde. Luchó, Manuel García Sesma, luchó Julián Antonio Ramírez, y lucharon fiteranos y navarros, por un mundo en paz. Gracias. 




"El 8 de julio de 1939, fui trasladado al campo de Gurs (B.P.), llamado el Campo de los Vascos. Estaba bastante bien organizado, sobre todo la parte Norte, reservada a los Brigadistas Internacionales, en la que hicieron paseos y jardines, levantaron estatuas y abrieron cantinas. También había un próspero Economato Vaco, que el 31 de julio de dicho año, acusó un beneficio líquido de 15.007´15 francos. Por supuesto, en Gurs también había un Barracón de Cultura, un Hospital General, una Banda de Música, coros, etc.  y seguimos publicando el B. I. P. E. Su mayor inconveniente era la abundancia de una mala compañía: las ratas.
Permanecí en este campo hasta el 16 de enero de 1940, en que salí enrolado en la 184 C.T.E., para trabajar en el departamento del Maine et Loire. Mis estancias sucesivas en los Campos de Saint‑Cyprien y Gurs duraron 347 días.” (Revista Fitero 94)




PASODOBLE DE GURS


A Regino Sorozábal, en recuerdo de la velada musical,
celebrada en la barraca 11 del islote A,
el 24 de Noviembre de 1939.


Pasodoble castizo español,
en el campo fangoso de Gurs:
fuga alegre de mi corazón,
en potro de luz,
hacia el bello jardín de ilusión
de la vieja Iberia,
de mi amada tierra,
paraíso de oro, de grana y de azul.
Nostalgia vibrante de España,
clavada lo mismo que un puñal de acero,
 - daga del destierro -,
en lo más profundo de nuestras entrañas...
Voces sin sonido,
voces misteriosas
de la madre, la hermana o la esposa,
voces de los hijos que llegan de lejos,
traspasando el muro de los Pirineos
y desgarran nuestros corazones,
igual que las garras de hambrientos leones...
Pasodoble castizo español,
en el campo fangoso de Gurs:
nuestro triunfo gayo de clan fanfarrón,
que baila un castizo fandango andaluz,
dando taconazos, con gesto chulón,
sobre la cubierta del propio ataúd...
Sonrisa de gente bravía y jovial,
a la que no abate la infelicidad...
La miseria, el odio y la estupidez,
sirviendo de temas de alegres cuplés...
La postura gallarda y heroica
de nuestros toreros,
burlando con una graciosa verónica,
a los piojos, al hambre, a los negros...
Pasodoble castizo español,


en el campo fangoso de Gurs:
Manzanilla y flores y orgía de sol,
en el aquelarre de Belcebú...
La buenaventura, picaresca y bruja
de nuestras gitanas,
ahuyentado los búhos del tedio,
de los techos tétricos
de nuestras barracas...
Zarabanda de majas juncales,
que nos quiebran las duras cadenas,
desarmando a los hoscos gendarmes,
al repiqueteo de sus castañuelas...
Claveles de sangre de nuestros pensiles,
sobre la negrura de nuestro pantano,
y el cascabeleo de nuestros Madriles,
prendido en la gloria de nuestros harapos...
Pasodoble castizo español,
en el campo fangoso de Gurs:
Carcajada de bravos de humor,
que se ríen de su esclavitud,
porque saben que ningún tirano,
ni propio ni extraño,
jamás consiguió convertir en un manso borrego,
al fiero, indomable y soberbio
León español...

Campo de concentración de Gurs,
25 de Noviembre de 1939


Regino Sorozábal, que vivió en el islote D del Campo de Concentración de Gurs, era el Director del Conservatorio de Vitoria, hermano del famoso compositor de zarzuelas, Pablo Sorozábal. Organizó el Orfeón Vasco de Gurs, masa coral de 200 voces, que se distinguió desde la Fiesta del 14 de julio en el Campo, en conmemoración del 150 aniversario de la Revolución Francesa. (Julián Antonio Ramírez, carta del 21 de enero de 2001.)



30

DOLOR


Sí, sí. Yo te esquivaba, yo te huía.
Cuando un día me dieron la noticia
de que habías llegado con la pierna
amputada, a esta cárcel maldita,
sentí en toda mi carne
la horrible sensación de escalofrío
del que, al azar, un día se tropieza el cadáver
de un hermano perdido.
Lo mismo que un relámpago,
brilló en mi alma al punto un vivo anhelo
de volar a tu lado,
a llevarte un mensaje de consuelo fraterno
y de calor humano.
¡Pobre amigo entrañable, mutilado español,
arrastrando en silencio tus insignias de sangre,
por los campos trágicos de concentración!

Sin embargo...
Aquella misma tarde de otoño, gris y fría,
hundiendo sus muletas en el espeso fango,
vi pasar, a lo lejos, como una pesadilla,
un espectro encorvado.
Te conocí. Eras tú.
¿Tú, efectivamente, amigo mío..?
¡Oh!, no. No era verdad.
Aquél no era el oficial bravío
de Borjas y Montblanch.
No era aquél el estudiante majo
de los tiempos de Mola, de los que,
con las tejas de San Carlos,
quebraron la Corona.
Aquél no era el luchador romántico
de la FUE de Madrid,
que naciera luchando contra el fascio
y en la lucha contra él supo morir.
¡Oh! no. Tú no eras aquél. Era... ¡tu sombra!

Era la imagen de una tragedia honda. 

Gaillac, le 13 Juillet 1939


Manolo, petit ami chéri, j´ai vécu avec vous des heures bien angoissantes.  Depuis que vous m´avez annoncé votre départ de St. Cyprien, j´attendais si anxieusement votre lettre! Et vous voilà à Gurs, là où sont partis les miliciens qui étaient venus à la Croix Rouge à Gaillac. Ils logeaient en face de chez moi et étaient très souvent à la maison. Mais lorsqu´ils ont été guéris il a fallu qu´ils partent, nous les avons bien regrettés car ils étaient très gentils.
Je vous en prie de tout mon coeur, mon petit Manolo, il ne faut pas se laisser aller au chagrin. Cela me fait déjà tant de peine de vous voir malheureux. Ah! si je pouvais faire quelque chose pour vous sortir de cet enfer où vous vivez. Mon petit, si vous ne pouvez vous évader corporellement, partez du camp par la pensée, allez bien loin à travers les montagnes et la plaine, venez jusqu´ici. Là je vous attends toujours, vous le savez, à tout moment je pense à mon petit ami chéri. Je sais que dans ces camps on ne peut y vivre, au beau sens du mot, mais les gendarmes et les fils de fer barbelés ne vous empêcheront pas d´avoir pour vous sentir une intense vie intérieure, si belle et si forte que vous en oublierez ce qui vous entoure.
Oui, mon Manolo, j´ai reçu vos trois dernières lettres, d´abord celle qui contenait votre cahier de poésies que j´ai trouvées plus que belles, magnifiques. Je crois d´ailleurs vous en avoir parlé dans une lettre que je vous ai envoyée à St. Cyprien.  Si vous ne l´avez pas eu dites-le moi.  Puis une deuxième à laquelle j´ai répondu le matin où vous m´annonciez votre départ et que sûrement vous n´avez pas reçue.  Je ne crois pas qu´on prenne la peine de vous l´envoyer, mais dites-le moi si par hasard on le faisait.
Il faut que vous ayez du courage pour traverser cette épreuve, beaucoup de courage, chéri; mais essayez d´oublier tout cela, tout ce qui vous entoure. Je suis toujours près de vous en pensée. Ah! si je pouvais y être réellement, je vous promets que vous ne seriez pas malheureux. Quelles belles heures nous passerions ensemble, n´est-ce pas? Peut-être un jour...

            Maintenant que je suis en vacances je vous écrirai plus souvent qu´à l´ école (qu´est-ce que cela va être!). Vous aussi, n´est-ce pas?  Vous serez libéré de votre travail de St. Cyprien, du moins en partie, alors je vais vous demander quelque chose. Pourrez-vous me faire de longues lettres et m´écrire plus souvent? Je serais si heureuse si vous le pouviez.  Vos lettres me font tellement plaisir et je suis si contente de les recevoir.
Mercredi je pars de Gaillac pour aller passer un mois à St-Antonin, une petite ville du Massif Central qui est, à ce qu´il paraît, très intéressante en été. Je vous dirai ce que j´en pense la semaine prochaine et en même temps je vous donnerai mon adresse pour que vous puissiez m´écrire directement là-bas. J´espère recevoir votre réponse avant que je parte.
Vous savez, Manolo chéri, la pluie n´est pas toujours merveilleuse. Hier soir avec Arlette nous venions de Graulhet à bicyclette (à 18 km de Gaillac) et à moitié du chemin un orage nous a obligées à aller nous abriter à la première maison rencontrée. Nous y sommes restées de 6 h. à 7 h 1/2. Et tout en regardant tomber la pluie, une pluie diluvienne, je me disais "Il pleut, c´est merveilleux, je t´aime".  Je vous assure que lorsque le soleil est revenu, c´était encore plus merveilleux.
La pluie doit avoir son charme, mais lorsqu´on ne la reçoit pas sur le dos. Je l´adore, la regarde tomber de derrière les vitres, en ne pensant à rien, ou plutôt, si en pensant à quelqu´un que l´on voudrait près de soi en ce moment.
"Pour un coeur qui s´ennui, oh! le chant de la pluie" a dit Verlaine.  Il et vrai que c´est une délicieuse musique au rythme de laquelle on peut mettre toutes les paroles que l´on veut.
Ecoutez Manolo, je veux bien faire la géométrie avec vous, je ferais tout  ce que vous me demanderiez, mais ne me posez pas des problèmes si difficiles.
Je ne sais pas ce que c´est qu´un hexaèdre, alors je ne peux pas vous transformer de sphère en cette chose-là.  Je n´ai aucun pouvoir magique dans ce genre d´exercices, aussi je me déclare battue, mais je serais très contente si vous voulez me l´expliquer. Je m´instruirai un peu, je vous assure qu´en mathématiques, cela ne me fera pas mal. Manolo, je serai heureuse de vous avoir comme professeur, allez, je ne vous jouerai pas de méchant tour et votre élève qui trouve que "A+B-D n´est pas égal à "Je vous aime" sera un élève modèle.  Vous verrez, vous ferez de moi ce que vous voudrez (en mathématiques, j´entends!)
Vous n´aurez qu´à parler et vous serez obéi.  Ah! que ne ferait-on pas pour vous?
Aujourd´hui c´est la fête à la République; elle a 150 ans, pauvre vieille grand´mère pourvu qu´elle ne meure pas bientôt! (Elle est morte. Dieu ait son âme).
Savez-vous à (ce) que je travaille maintenant en Espagnol, je traduis vos poésies.  Je crois vous avoir dit déjà que j´étais enchantée de "crépuscule albigeuse".  Merci mille fois pour cette belle poésie et pour tout le travail que vous a demandé le joli petit cahier qui les contenait toutes.
Ce soir, chéri, si je vais danser je penserai à vous tout le temps, d´ailleurs cela ne me changera pas, je pense toujours à vous.
Au revoir petit ami, je vous quitte ce soir en vous disant "Du courage, je suis avec vous".
Je vous embrasse, mon cher petit, et je vous en prie, réagissez contre le mauvais sort, la vie sera belle bientôt. Vivons avec l´espérance, votre petite

Suzy.

TRADUCCIÓN

Gaillac, le 13 Julio 1939

Manolo, amigo querido, he vivido con usted horas bien angustiosas. Desde que me anunció su salida de St. Cyprien, esperaba con tanta ansiedad su carta ! Y ya está en Gurs, allí adonde se fueron los milicianos que habían venido a la Cruz Roja de Gaillac. Se alojaban en frente de mi casa y estaban muy a menudo en casa. Pero cuando se curaron tuvieron que irse, lo sentimos mucho pues eran muy simpáticos.
Le ruego de todo corazón, mi pequeño Manolo, no tiene que dejarse atrapar por el dolor. ¡Ah! Si yo pudiera hacer algo para hacerle salir de este infierno en el que vive. Pequeño amigo, si no puede escaparse corporalmente, salga del campo con el pensamiento, márchese lejos a través de las montañas y de la llanura, venga hasta aquí. Aquí le espero siempre, usted lo sabe, siempre estoy pensando en mi pequeño amigo querido. Sé que en esos campos no se puede vivir, realmente, pero los gendarmes y las alambradas no le impedirán llevar una intensa vida interior, tan bonita y tan fuerte que usted se olvidará de todo lo que le rodea.
Sí, mi Manolo, he recibido sus tres últimas cartas, primero la que contenía su cuaderno de poesías que he encontrado muy bonitas, magníficas. Creo en ese sentido habérselo dicho en mi carta que envié a Saint-Cyprien. Después una segunda a la que he respondido por la mañana en la que usted me anunciaba su marcha y que seguramente no ha recibido. No creo que se tomen la molestia de enviármela, pero dígame si por casualidad lo hicieran.
Tiene que ser valiente para atravesar esta prueba, mucho coraje, querido ; pero intente olvidar todo esto. Ah si pudiera estar allí realmente, le prometo que no sería desgraciado, qué horas tan bellas pasaríamos juntos, ¿no es verdad? Quizás un día….
Ahora que estoy de vacaciones le escribiré más a menudo que en la escuela (¡qué va a pasar). Usted también, ¿no? Le liberarán de su trabajo de St. Cyprien, al menos en parte, entonces quiero pedirle algo. ¿Podría escribirme cartas muy largas y escribirme más a menudo? Me sentiría muy feliz si usted pudiera. Sus cartas me hacen tanto bien y estoy tan contentar de recibirlas.
            El miércoles salgo para Gaillac para ir a pasar un mes en St-Antonin, una pequeña ciudad del Macizo Central que es, a mi juicio, muy interesante en verano. Le diré lo que pienso la semana próxima y al mismo tiempo le daré mi dirección para que pueda escribirme directamente allí. Espero recibir su carta antes de mi partida.
Sabe, Manolo querido, la lluvia no es siempre maravillosa. Ayer por la tarde veníamos con Arlette de Graulhset en bicicleta (a 18 kms. De Gaillac) y a mitad de camino una tormenta nos ha obligado a ir a refugiarnos en la primera casa que hemos encontrado.
Nos hemos quedado allí desde las 6 a las 7 h 1/2. Y además de mirar cómo caía la lluvia, una lluvia diluviana, me decía « Llueve, es maravilloso, te quiero. » Le aseguro que cuando el sol ha vuelto a aparecer, era todavía más maravilloso.
La lluvia debe tener su encanto, pero cuando no nos cae sobre la espalda. La adoro, la miro caer por detrás de los cristales, sin pensar en nada, o más bien, si, pensando en alguien que uno quisiera tener junto a sí en ese momento.
« Para un corazón que se aburre, oh, el canto de la lluvia » ha dicho Verlaine. Es verdad que es una deliciosa música al ritmo de la cual se puede poner todas las palabras que se quiera.
Escuche Manolo, quiero hacer la geometría con usted, haría todo lo que me pidiera, pero no me plantee problemas tan difíciles.
No sé lo que es un hexaedro, entonces no puedo transformarle esta esfera en aquello. No tengo ningún poder mágico en este género de ejercicios, por lo tanto me declaro derrotada, pero me gustaría que usted me lo explicara. Me instruiré un poco, le aseguro que en matemáticas, no me vendrá mal. Manolo, seré muy feliz de tenerle como profesor, vamos, no le jugaré malas pasadas y su alumna que encuentre que "A+B-D no es igual a « Le quiero » será una alumna modelo. Verá, verá, hará de mí lo que usted quiera (en matemáticas, por supuesto).
No tendrá sino a hablarme y le obedeceré. ¡Ah ! ¿qué no habría que hacer por usted !
Hoy es la fiesta de la República; tiene 150 años, pobre vieja abuela, mientras que no se muerta pronto! (Esta muerta. Dios tenga su alma)
Sabe qué trabajo ahora en español, traduzco poesías. Creo haberle dicho que estaba encantada con "crépuscule albigeuse".  Gracias mil veces por esta bella poesía y podo el trabajo que os ha exigido el bonito cuadernillo que las contenía todas.
Esta tarde, querido, si voy a bailar pensaré en usted todo el tiempo, no me cambiará esto, estoy con usted.
Adiós pequeño amigo, le dejo esta tarde diciéndole « Coraje, estoy siempre con usted. »
Le abrazo, querido amigo, y se lo ruego, reaccione contra la mala suerte, la viera será bella pronto. Vivamos con la esperanza, su pequeña.
Suzy.

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